tadaaam ! voici un album inédit de…Will Eisner !!!

boucaniers_pm_face

les Boucaniers de Willis Rensie alias Will Eisner, Jean Taoc éditions 1973

Beh oué, je sais, c’est la frime. J’ai entre les mains un album de Will Eisner, LE Will Eisner du Spirit et de Dropsie Avenue, inconnu du reste du monde. Bon, le récit n’est pas inconnu, évidemment ; il s’agit du célèbre Hawks of the seas, créé en 1936 au Etats-unis (publié à l’époque dans le magazine Wow, what a magazine, au démarrage sous le titre the Flame, sous le nom de Willis Rensie, puis dans Fiction House dès 1937), et publié — en partie seulement — dans le journal Bilboquet*, entre 1938 et 1939.
Tous les connoisseurs du grand maître américain connaissent l’existence de cette bande, mais bien peu ont l’occasion de la lire en français.
Il se trouve qu’un certain Jean Taoc (de Jean Taoc** éditions – Pacific C.C — s’agit-il du collaborateur de la revue Hop?), sans doute inspiré par les dieux de la BD, a eu l’idée follement géniale de faire l’album complet des Boucaniers, en 1973, pour les deux tiers lisible en français.
Les trois parties de cet ouvrage se justifient de la manière suivante : le premier tiers correspond à la partie publiée dans Bilboquet, en français. Le second tiers correspond à la partie que Jean Taoc a décidé de publier en anglais, vu qu’il n’avait pas de traduction. Coup de chance : Will Eisner, plutôt cool comme futur Yokozuna de la bande dessinée, décida pour l’occasion de prêter ses planches, tout simplement. La troisième partie, la plus étonnante dans cette édition, fut sortie du néant, car vouée au néant. En effet, les éditions Mondiales firent une traduction de cette partie, en 1948, sans jamais la publier, sans se douter qu’un certain Jean Taoc finirait par le faire 25 ans plus tard…
Son album, au format proche de celui du journal Bilboquet est typique de l’époque : env. 24/37cm, broché, avec un renfort bleu sur le dos façon Hachette des années 30. La petite question subsidiaire est : à combien d’exemplaires ? En effet on est en droit de se le demander car, jusqu’à preuve du contraire, il n’est apparut à aucun collectionneur ou marchand de ma connaissance… Il faut dire que cet ouvrage est présenté par Jean Taoc comme «(…)cette édition limitée reservée aux collectionneurs, et qui nous en sommes sûrs, réjouira les amateurs d’Arts graphiques».
moi je dis : vive Jean Taoc et vive Will Eisner, the very best in taoune.

*format 38 x 26 cm pour les 48 numéros édités par les éditions du Petit Echo de la Mode (Editions de Montsouris) de 1938 à 1939.
Après une vaine tentative de se faire une place au milieu des grands titres de l’age d’or, Bilboquet est absorbé par Pierrot
en janvier 1939.
En plus des Boucaniers de la mer rouge (Willis Rensie alias Will Eisner), on retrouve dans les pages de Bilboquet des séries comme Jean Reid l’audacieux par H.Forrest et Captain Bilboquet par Gene Ahern.
**Autre album connu (du moins référencé) : The Despot of Pagan Island (Jungle Jim / par Alex Raymond). — édition Limitée -a priori en anglais (?). — Papeete, Tahiti : J. Taoc, Pacific C.C., 1972. — 39 p. : ill. ; 20 x 35 cm. — « Part 1, chapter 2 ». –reprenant les pages intérieures (comics) du journal Sunday, du 14 août 1938 au 21 mai 1939.

</span>...pas une page sans trouver une case préfigurant le Spirit...

...pas une page sans trouver une case préfigurant le Spirit...

Publié dans trouvailles | 2 commentaires

Après CELEG/CBD, RTP et Phénix. Les albums de SERG et Losfeld

raoul_gaston_1_rtp_face

Raoul et Gaston, Tim Tyler's luck 1, Lyman Young, éditions RTP 1975

Suite à l’article du début du mois sur l’éditeur « moderne » historique CBD/CELEG, il est bon d’ajouter que le flambeau fut maintenu dressé bien haut peu avant l’arrêt de leur revue Giff-Wiff par l’arrivée des célèbre revues Rantanplan (RTP-revue belge) d’A.Leborgne et A.Van Passen en février 1966, et Phénix (revue française) de Claude Moliterni en octobre 1966.
Ces revues, à l’instar de CELEG et en plus d’être remplies de dossiers intéressants, parfois fondateurs, sur la BD, éditèrent diverses albums comme Brick Bradford, Flash Gordon, Spirou et Fantasio, Félix de Tillieux ou Jugurtha pour l’éditeur RTP, Connie (appelée Cora) ou the Gumps (transformé en famille mirliton) ou pour Phénix.

Connie (traduit Cora), T2, par Frank Godwin, ed. suppléments Phénix

Connie contre le vengeur invisible, par Frank Godwin, ed. suppléments Phénix 1968

Si les albums de phénix sont un peu rébarbatifs et ressemblent à des numéros de la revue, les albums édités par RTP sont des objets toujours surprenants, au formats très libres et divers (voir Raoul et Gaston), que tout collectionneur ou amateur des séries contenues se doit d’avoir…
On notera toutefois que derrière les albums frustres de la collection Phénix se cachent les éditions Serg, qui éditèrent également les plus beaux albums en français de  séries américaines de l’age d’or comme Flash Gordon, Prince Vaillant (=Prince Valiant) ou Brick Bradford. La qualité de ces grands albums ne réside pas seulement dans la très grande qualité de l’impression N&B, ni dans le grand format pourtant très approprié si l’on considère la majesté de la ligne de ces auteurs, ni même dans le côté luxueux des cahiers cousus et des jaquettes sur un cartonnage épais… La qualité de ces albums, que j’ouvre encore régulièrement avec une grande délectation, comme pour en reprendre une bouffée, réside dans la splendide association de tous ces attributs réunis. Serg était également tourné vers la BD française, ancienne et récente en publiant par exemple une indispensable réédition de  Durga Rani de Pellos ou des albums comme Tenebrax (1970) de Pichard et Lob, Hypocrite (1971) de J.C.Forest, Araignia (suite de Scarlett dream —voir ci-dessous—) ou  Thorkaël deLoro et D Beketch (1976), rejoignant tardivement le mouvement impulsé par l’éditeur éclairé Éric Losfeld, avec ses bandes dessinées Pop art  comme Jodelle (1966) et Pravda la survireuse (1968) de Guy Peellaert, la célèbre Saga de Xam (1967) par Jean Rollin et N.Devil, Scarlett dream (1968) de Gigi et Moliterni, Kris cool (1970) de Caza etc…

la saga de xam, par Jean Rollin et Nicolas Devil, éditions Losfeld 1968

la saga de xam, par Jean Rollin et Nicolas Devil, éditions Losfeld 1968

Eric Losfeld avait déjà publié Barbarella (1964, éditions du Terrain vague, ancêtre des éditions

planches de l'incontournable saga de xam...Pop et 9ème art

planches de l'incontournable saga de xam...Pop et 9ème art

Losfeld) moins pop mais tout aussi moderne, ou d’audacieux ouvrages comme Phoebe Zeit-Geist (1967) des américains Frank Springer et Michael O’Donoghue ou Epoxy (1967) de Paul Cuvelier, première BD érotique éditée chez Losfeld.
Si l’on s’extrait un instant du caractère historique de ces publications et la portée de leur contenu pour se tourner compulsivement vers l’aspect collection, donc dans l’idée de savourer ces ouvrages pour les caractéristiques propres à leur édition originale, on peut constater un point commun entre les albums de chez Serg, Losfeld, ou même Publicness : une qualité d’édition tout à fait hors du commun (impression, reliure, jaquette) et une grande liberté de format (albums tantôt oblong tantôt « à la française », brochés ou cartonné, formats petits, moyens ou geants —voir la lagune des beaux songes, 2ème album des aventures de Corto Maltese par H.Pratt, Publicness 1972—).
Il est amusant de constater que ces albums font partis de ceux que le profane, celui-qui-ne-lit-pas-de-bandes-dessinées-ou-une-ou-deux-dans-l’enfance-d’toutes-façon-c’est-surtout-pour-les-môme, sort naturellement de votre étagère s’il passe devant. Ca marche à tous les coups. En tous cas moi je dis : longue vie à RTP, SERG, Losfeld et Publicness ! …quoi? Tous éteints? Losfeld? Serg? ah ouais d’accord…bon alors le parlerai de Futuropolis le prochain coup, puisqu’il ressucite de temps en temps…
La suite ensuite…

Publié dans dossiers | 4 commentaires

Bdm et cotes : l’Oeuf ou la poule ? (2 sur 3)

Sont-ce les libraires qui fixent les cotes, forts de leur expérience et de leur contact permanent avec les collectionneurs, cotes reportées scrupuleusement par les auteurs du BDM, appuyés par la somme des résultats dans les salles de vente spécialisées et lieux de vente électroniques ?
L’ensemble des échanges de la bande dessinée retrouve-t-il sa traduction fidèle dans cet argus (le mot est d’ailleurs apparu récemment…) ?
Le libraire d’aujourd’hui n’est-il pas plutôt un tantinet esclave de cette bible de la collection, qu’il l’approuve ou non ?

Malgré l’immense service rendu par ce travail de plus de 25 ans, il semble que le marché souffre -parmi d’autres maux- du fait que le BDM est perçu par un très grand nombre de collectionneurs, et de marchands, comme une vérité divine; quiconque contrevient à ses directives est soit inconscient, soit un voleur. Quel marchand n’a pas entendu la phrase «Quoi? 25 euros? mais la cote BDM est de 22 euros!!!» ?.
Un collectionneur qui regarde le prix d’une édition originale et s’écrit «Quoi, 25 euros? Mais cette BD est partout, l’édition originale est trouvable en neuf dans certaines librairies !!» nous paraît faire preuve d’un peu plus de distance . Evidemment, on peut argüer que c’est la même chose, que le BDM évite justement au collectionneur de sillonner toutes les librairies de France pour se faire son idée. Pourtant il me semble que l’on revienne ainsi à la problématique de l’origine, l’Oeuf et la poule.

–Définition d’une poule :
1) Femelle du coq, oiseau de basse-cour de la famille des gallinacés.
2) Groupe d’équipes qui se rencontrent lors des éliminatoires d’un championnat.
Je n’invente rien…
Je ne rentrerai pas dans le débat qui consisterait à dénoncer un intérêt de libraire derrière le choix des cotes, pourtant on peut légitimement se demander quel libraire saurait ne pas faire intervenir son intérêt dans l’élaboration de cotes qui vont déterminer le prix de ce qu’ils vendent, des années durant…!!
Le temps et l’expérience faisant, on s’extrait de la sacro-sainte parole du BDM, et les collectionneurs chevronés, ne s’y trompent pas non-plus : le BDM est à prendre avec distance : la valeur d’un ouvrage est celle pratiquée lors des transactions entre marchands et amateurs, BDM ou pas…

Non, le problème est ailleurs. Quand on épluche le BDM, on passe son temps à s’offusquer de telle ou telle cote, ce qui est normal, preuve que c’est un marché vivant, dans lequel chacun a de l’expérience pour juger de la rareté de tel ou tel album. Cette rareté est le résultat du ratio entre offre et demande, ce qui signifie qu’un album à fort tirage, s’il est devenu en quelques années recherché de tout collectionneur, devient mécaniquement peu fréquent sur le marché, étant dans sa phase ascendante : cherché par tous et rejeté de sa collection par aucun collectionneur.

Pourtant, à fréquence égale sur le marché, on ne peut pas dire dans l’absolu que l’édition originale d’un album comme Rapaces n°1 de marini (gros tirage de Dargaud) soit aussi rare que Perramus d’Alberto Breccia, tirage fragile de 1000 exemplaires, réellement rare. Pourtant, à 10 euros près (de plus sur l’album de Marini), leur cote est la même…
A mon sens, le problème posé n’est pas la réalité de la cote du Rapaces en question à un moment donné. Le problème est le choix dans la manière de le traduire en argus. En effet, soit on juge la valeur d’un bien au jour le jour, comme à la bourse, et on peut admettre de rendre compte d’une hausse ou d’une baisse significative, fonction d’un évênement ou d’une mode subite. Dans ce cas, pas de mal, l’acheteur et le vendeur s’inscriveront dans une dynamique instable et s’en accomoderons. Il faudra dans ce cas que l’équipe du BDM modifie très vite la fréquence de sortie de son ouvrage car ce ne sont pas les quelques mises à jours publiées dans l’intervalle de la sortie bi-anuelle qui permettrons de rendre compte de la vitesse de certains changements; soit on juge de la valeur présumée des ouvrages BD de manière plus stable, en appliquant une certaine réserve, c’est-à-dire une différenciation entre les albums rares et les albums sous le coup d’une mode ou d’un engouement immédiat, subissant du même coup une hausse du prix de l’édition originale. Car en il semblerait que c’est le cas de presque toutes les BD récentes chèrement cotées : le succès commercial entraîne une partie des collectionneurs à rechercher tout de suite l’édition originale (surtout du tome 1 si c’est une série). De cette urgence à acquérir l’objet naît une spéculation tout à fait curieuse, qui s’accentue si l’ouvrage de référence —ici le fameux BDM—  en suit les excès, et parfois, trop souvent je pense, les devance…
Bilan :

1) Certains collectionneurs habitués à se fier au BDM ont acheté ces dernières années des ouvrages récents en édition originale, à la cote, sans se douter un seul instant qu’au BDM suivant, l’ouvrage allait baisser conséquement, alors même que la montée fulgurante établie par cet argus semblait traduire une rareté réelle.
2) Certains albums ne peuvent plus arriver dans les librairies, victimes de leur cotation ! En effet, le collectionneur éclairé, s’il décide de se séparer d’un certain nombre de BD, fera un tri en excluant d’emblée bon nombre d’albums parfois peu fréquents, cotés 15, 12, 10 ou même 8 euros…! Qui seraît près à se délester d’albums comme la serviette noire (Götting, collection X, Futuropolis 1986, cote 15 euros), Grandes chasses du capitaine Barbedure (Marijac, Gordinne 1941, cote 12 euros), Rien de spécial (Petit-roulet Ed. du Fromage 1980 —cote 11 euros), Drames de famille (Willem, éd. du Square 1973, cote 10 euros) ou Morsures (J.Teulé, Ed.Echo des savanes 1982, cote 9 euros) à la moitié de la cote, voire à cote divisée par 2,5 ou 3 (en fonction de l’état, ou pour accuser le négoce) ? Ce genre d’album ne peut nous parvenir qu’emmené par quelqu’un qui n’a jamais eu à le chercher !
De même, lorsque le BDM cote à 30 euros le tome 6 d’une série moderne (exemple : Cixi impératrice, 6ème tome de la série Lanfeust de Troy, éditions Soleil 1998) sans se soucier de la validité d’une cote pourtant en contradiction avec le tirage (la série était enfin en plein boum, le succès justifiant des tirages énormes), il met, malgré lui, le libraire dans la position délicate de devoir dire :« Je ne peux pas vous acheter cette BD plus de 7/8 euros car je pense que sa valeur en boutique n’excède pas 15 euros » (hors-négoce lors de sa vente…), engeandrant parfois un regard chargé de méfiance chez le collectionneur à qui la bible a donné l’irréfutable valeur du trésor de la bande dessinée qu’il a dans les mains…
N’allez pas croire que j’en veux au BDM d’avoir un tel succès, d’être suivi dans ses indications par tant de gens… Pas le moins du monde, je trouve leur travail colossal et je salue la librairie Lutèce, associée au BDM, qui m’a ouvert les bras bien grand à mon arrivée dans le métier. De plus, j’ai bien pris le soin d’y mettre une pub en couleurs là ou il faut (section Tintin P.39). Non. Mon reproche, car il y en a vraiment un, est le suivant : comme l’on ne vend bien que ce que l’on connaît, on ne cote vraiment bien que ce que l’on aime et donc, connais bien. Je pense que le BDM n’est fiable que pour une partie de la production banddessinéesque.
Coter les albums issus du journal de Spirou ou Tintin, les recueils de périodiques les plus célèbres ou les autres séries mythiques d’avant-guerre et d’immédiate après-guerre comme Bécassine ou pat’apouf est un travail qu’ont su faire ses rédacteurs depuis toujours, tout en restant en aval et non en amont des changement, des flambées etc. Coter les revues modernes ligne claire comme (A suivre), les revues d’étude historiques comme Giff-Wiff ou les petits tirages (de tête ou de luxe, de libraires belges ou d’associations des années 70/80) est également dans les choses qu’ils font avec talent, et de manière très juste. Nombre de récits complets et les titres phares des petits formats rentrent dans ce cadre, ainsi que ce qu’ils appelent les collections d’auteurs ou les Silly Symphony… EN bref, toute la BD « classique » se situant avant les années 75, et 100 ou 200 exceptions après 1975.
Mais lorsque j’observe leur manière de coter les ouvrages de BD non-conventionnelle des années 70 à nos jours, les comics, les mangas, les revues modernes underground, la ligne crade des années 80, presque toute l’école Espagnole et même argentine de ces mêmes années, les Fumetti érotico-épouvante, les Bazooka, les Pichard, Breccia, Willem et autres auteurs moins chers à leur coeurs d’amateurs de la BD propre, je m’offusque régulièrement…

…La suite ensuite.

Publié dans divers | Laisser un commentaire

un salon sympathique. un nouveau confrère. Paris 18ème : nouvel eldorado de la BD

l'élégant stand de Gilles, collectionneur passionné

l'élégant stand de Gilles, collectionneur passionné

Voilà qui était sympathique. Je me suis rendu ce week-end au salon du livre de Melun (samedi 17 et dimanche 18 janvier – salle des fètes de Melun) et je l’ai trouvé fort réussi. Le lieu est fort adapté, l’organisation soignée et les organisant visiblement très soucieux du bien-être de chacun, exposants comme visiteurs.  1er bon point, l’entrée libre (les salons de ce genre, lorsqu’ils sont payant sous prétexte d’éloigner le visiteur profane, me glacent et n’ont finallement plus l’immense honneur de ma visite bienveillante).  2ème bon point, un mix judicieux de professionnels et de collectionneurs/vendeurs, dans une atmosphère détendue. J’y ai fait quelques affaires et croisé quelques figures sympathiques de la profession, comme Georges de la librairie Ligne Claire (près rue Dante) ou Harold, futur concurrent dans la course à la gloire par la vente de BD, c’est à dire futur jongleur comme nous tous…

Harold devant son stand à Melun

Harold devant son stand à Melun

Sa librairie, dont l’ouverture est prévue pour le 1er février, s’appelera le Book, l’art et se situera au 110 ter, rue Marcadet (tel : 0667063005).
…Ce qui m’amène à la deuxième partie de ce petit article sans prétention. Il est temps de déclarer le 18ème arrondissement « nouveau haut lieu de la BD à paris ».  Bien sûr, c’est du côté de la porte de la Chapelle que se situe l’épicentre de ce nouvel Eldorado, mais les camarades BD Spirit de la rue labat, que je salue au passage, le Book, l’art, ainsi que l’encre de Chine, le rideau de fer et moi-même (voir « la boutique » au-dessus), contribuons malgré nous à faire monter la BD au nord de paris, bien que ce mouvement soit naturel, comme la migration de la caille des blés(Coturnix coturnix coturnix) !
A bientôt dans l’un des paradis du haut-lieu de la BD : le XVIIème arrondissement de Paris!

vue d'ensemble du salon, de nombreux stands le long de la coursive, que l'on apperçoit à gauche de l'image

vue d'ensemble du salon, de nombreux stands le long de la coursive, que l'on apperçoit à gauche de l'image

Publié dans divers | Un commentaire

Yann et Conrad et Bebert et moi

Bébert le cancrelat - éditions Carton 1984 - 1500 exemplaires

Bébert le cancrelat - éditions Carton 1984 - 1500 exemplaires

Je n’étais pas bien vieux lorsque les incorrigibles Yann et Conrad sortirent leur fameux Bébert le cancrelat. Ce petit album oblong d’environ 17/9cm, dos toilé gris, est resté depuis lors le symbole de la BD qui se permet tout en même temps : Etre à la fois très classique dans la narration, virtuose et sauvage juste ce qu’il faut dans le dessin et tout plein de mauvais instincts. Bébert sauve la mise à tout le monde mais tout le monde le gonfle, alors finalement Bébert gaze tout le monde, pour être tranquille. Dit comme ça on ne le croirait pas, mais c’est un must du genre corrosif, que les auteurs des plus irrévérencieux hauts de page du journal de Spirou (voir le recueil en album intitulé Huit mois dans l’enfer des hauts de page, édition Bidouille 1981) et des incontournables Innomables, ont réservé à seulement 1500 lecteurs à l’époque.
Voilà le genre de chose que j’adore voir rentrer dans ma modeste échoppe.

après ça Bébert le cancrelat pourra peut-être dormir tranquille

après ça Bébert le cancrelat pourra peut-être dormir tranquille

Publié dans trouvailles | Un commentaire

BDM et cotes : l’Oeuf ou la poule? (1 sur 3)

l'ancètre du BDM : 12 ans plus tôt...

l'ancètre du BDM : 12 ans plus tôt.

Qu’est-ce donc que ce BDM ?

C’est un ouvrage créé par M.Bera, M.Denni et P.Mellot en 1980 (sous son nom actuel -ébauché dès 1978-), édité tout les 2 ans aux éditions le l’Amateur. C’est la référence en mati

ère de cotation des bandes dessinées de collection, c’est-à-dire recherchées pour leur particularité éditoriale : ouvrage épuisé non-réédité (album, presse populaire de BD, tirage li

mité ou publicitaire etc.), ouvrage disponible, parfois même largement réédité, mais cherché dans sa version initiale, l’édition originale.
Le BDM représente également, c’est indiscutable, une liste

presque exhaustive des bandes dessinées éditées entre l’origine du genre (Rodolphe Topffer en 1927 -polémique à part) et maintenant. Source inépuisable d’informations techniques sur l’ouvrage (éditeur, format, reliure, descriptif complet de l’objet), il l’accompagne parfois d’un commentaire subjectif sur le contenu…très subjectif…
Mais l’objet d’interrogations, pour moi, est son rôle de compte-rendu des cotes…

—Définition d’une cote :

Fixation d’un prix en réponse à une demande sur un marché. Fixation de la valeur d’un bien à un moment donné, que ce soit sur un marché organisé ou un marché de gré à gré.

Le premier ouvrage français de cotation des bandes dessinées (inconnu du BDM qui, pourtant, revendique d’en dresser la liste complète!) est le catalogue – 1968 de la revue le Kiosque créée par Jean Boullet en 1966, revue qui portait le même nom que sa librairie. L’idée de ce pionnier du marché de la BD objet de collection, avait été inspiré par le courrier d’un jeune lecteur/collectionneur à l’époque : « Pourquoi n’éditez-vous pas un catalogue par titres et par

numéros avec le prix, comme cela se fait pour les timbres-postes? »
40 ans plus tard, à l’apogée du règne incontesté de ce cousin de l’Ivert et Tellier du timbre-poste, le doute s’installe… Qui créé quoi? Qui fixe la cote ?

l'intérieur composé de morceaux de revue comme Coq hardi...!

…la suite ensuite…

Publié dans le bout d'gras | Un commentaire

La BD autobiographique au 13e siècle

Raymond Lulle, philosophe et évangélisateur majorquin né en 1232 et décédé en 1316 n’est pas seulement un des inventeurs d’une première machine à raisonner (Ars Magna), c’est aussi un pionnier méconnu de la bande dessinée et même de la bande dessinée autobiographique. La page qui suit, remarquée par Gérard Blanchard (La bande dessinée, histoire des histoires en images des origines à nos jours, Marabout université 1969) est extraite d’un incunable que possédait Jeanne de Navarre, l’épouse de Philippe Le Bel.

Raymond Lulle

Pour apprendre l’arabe dans le but d’évangéliser l’orient, Lulle acquiert un esclave sarazin. Mécontent d’avoir été réprimandé, celui-ci tente de tuer son maître, qui parvient à se défendre. Lulle ne veut pas qu’on exécute son serviteur, mais lorsqu’il va le visiter en prison, se dernier s’est donné la mort, épargnant à Lulle le cas de conscience qui l’affligeait.
D’autres images tirées des manuscrits de Lulle sont visible sur le site de l’Université de Fribourg.

Publié dans Université de la bande dessinée | 3 commentaires

Je suis encore obligé d’écrire sur Gus de Christophe Blain,

20081202185033_t3

Gus tome 3 - Ernest - Christophe Blain - Dargaud nov.2009

…bien que personne ne me force.

A l’occasion de la sortie du 1er tome de la série, Nathalie, j’avais fait un article élogieux posé sur un ancêtre de ce blog (qui n’a jamais connu d’autre écrit). Elogieux est peu dire, à le relire on croirait que Blain m’avait payé pour l’écrire ! Quelle blague ! Je me rends maintenant compte que je manquais cruellement de retenue, en expliquant que c’était le meilleurs album de ces 10 dernières années et patati et patata, rien de tel depuis Franquin et blablabli et blablablon. Ah ah ah !

Alors qu’il est si évident que le meilleurs album des ces dernières années était le tome 2 de la série, beau bandit, et maintenant le tome 3, Ernest, du moins jusqu’au 4ème.

…Mince, je suis forcé de redire que l’alchimie entre virtuosité graphique et sens narratif parfait, avec du goût, cela donne presque mécaniquement un chef d’oeuvre.

On se demande d’oû vient ce trait ultra expressif, entre Franquin des débuts de Spirou, Gus Bofa et l’école de ses pairs David B ou Sfar. On ajoute à cela un sens de la mise en couleurs qui compte dans la narration, avec nombre de cases d’une seule teinte, ultra expressive, façon Génie des alpages de la grande époque (à mettre au crédit de Blain ET de Clémence, co-coloriste du chef-d’oeuvre). Mais mes envies de décrire le trait génial du maître dépassent ma capacité à le faire bien, du moins en quelques lignes. Ce qui me paraît indispensable d’évoquer, c’est l’incroyable talent de Blain à nous plonger dans l’univers de personnages instantanément familiers. Les héros, comme la plupart des personnages secondaires, ont des caractères que l’on a l’impression de connaître… Les comportements, attitudes et pensées de Gus ou de Clem me rappellent toujours quelqu’un, quand ce n’est moi-même.

Je note un changement par rapport aux deux premiers tomes : il n’y avait pour ainsi dire pas de narrateur extérieur (type encadré en haut de la case) au premier tome. Un peu plus à la fin du 2ème, et nettement plus dans ce tome-ci. C’est en général un outil narratif un peu lourd et bien souvent inutile. Au risque de laisser penser que, cette fois c’est sûr, on m’a payé pour être élogieux, j’ai envie de dire que c’est utilisé à bon escient dans Gus, en alternance avec une narration plus directe.

Je pourrait continuer à essayer de décortiquer ce qui fait que j’aime cette BD, mais l’essentiel est là : j’aime ce que fait Blain, et chaque nouveau volume me convainc d’avantage qu’il est l’auteur le plus complet du moment.

Bref, j’ai adoré. Je laisse passer 3 jours et demi et je me le relis.

Publié dans Sorties | Laisser un commentaire

Polémiques, Victor ! (Tintin, Zinzin, Exem…)

lanceval_zinzin_face5

Je refuse de culpabiliser d’avoir trouvé un titre si nul. Je ne dois pas m’en vouloir d’être le 15000ème imbécile à faire ce jeu de mot bidon rien que ce mois-ci dans ma région. Non, car j’ai une très bonne raison : ça me fait rire. On peut se dire que c’est encore pire mais je rêve de connaitre un Victor rien que pour lui dire, pendant une discussion houleuse et pleine de mauvaise foi purement polémique, « ..polémiques, victor ! » Alors dans ce cas je dis oui et sans honte, je m’arrangerai avec ma conscience, c’est juste un coup à prendre.

Bien. Bon, euh, à part ça je voulais quand même parler de quelque chose.

Parodie, pastiche, pirate ? Qui n’a pas eu entre les mains une parodie de Tintin, imprimée à 53 exemplaires et demi, dessinée par un as du remontage de case privé d’une bonne partie de ses fonction cérébrales, nous offrant une aventure d’un Tintin fébrilement dessiné en porte-jarretelles et fouetté à mort par la Castafiore en képi SS ? On en dénombre un peu plus de cent, et lorsqu’ils sont édités sans autorisations -quasiment toujours- ils s’appellent les terribles
pirates.

L’immense majorité de ces parodies soulève des thèmes de cour de récré et mettent en scène tous les personnages de George Rémi à la sauce salace. C’est généralement ce qui les motive. C’était très drôle au début, parce que très irrévérencieux, ce qui est particulièrement marrant dans un univers lisse et sage comme celui des aventures de Tintin (voir Tintin en suisse) . Puis le défouloir que cela représentait est vite devenu d’un trop mauvais rapport qualité/prix… (prix souvent exorbitant fixé par ces éditeurs-de-sous-le-manteau). Toutefois, quelques parodies sortent du lot, comme les très politiques albums la route du soleil (éditions groupe situationniste), les aventures de Pinpin petit cachotier du crépuscule au pays des sornettes (par Clergé, éditions Quetton), L’énigme du troisième message (Herpé, éditions altelier libertaire), Tintin au Liban ou la vie sexuelle de Tintin (Bucquoy). Ces parodies ont un intérêt dans le propos et rare sont ceux qui rayonnent par leur style graphique.

L’élégance du dessin se retouve plus fréquement dans le style pastiche. Bon nombre de pastiches valent le détour. On peut citer la voix du lagon (Harry Edwood), la menace des steppes(Sakharine), les disparus de Moulinsart. Mais la plus belle oeuvre du royaume des pastiches est celle d’Exem avec les aventures de Lanceval : Le jumeau maléfique et Zinzin maître du monde.

Ces deux albums minuscules sont d’attrayants objets, luxueux à la façon des albums Casterman années 50 ou de la célèbre collection du Lombard. Ils renferment un style maitrisé, une narration habile et un bon scénario : Tintin avait en fait un frère jumeau très méchant, Zinzin, décidé à devenir maître du monde. Heureusement Lanceval est là…

A lire et, pour tout collectionneur tintinophile, à avoir dans sa bibliothèque…

Publié dans dossiers | Laisser un commentaire

FRANQUIN TORTURE GASTON POUR AMNESTY

Un trouvaille il y a quelques jours : cette affiche sérigraphiée de 48/64cm environ, éditée par Michel Doutreligne pour Amnesty international entre 1982 et 1985.

Le récit m’était connu, publié me semble-t-il dans l’ouvrage devenu rare intitulé « Et Franquin créa Lagaffe » (entretien de Numa Sadoul avec Franquin), mais en noir et blanc et au format de l’ouvrage.Je connaissait l’existence de cette affiche sans jamais l’avoir vue…Et voilà que je suis à la tête de cinq exemplaires superbes…!

La photo ci-contre, bien que jouissant d’un rendu traduisant mal la qualité d’impression de l’affiche, montre bien le jeu de couleurs façon Idées noires.

Je trouve que voir Gaston et m’oiselle Jeanne se faire torturer de la sorte sous la plume de leur créateur, au faîte de son art, était un message puissant, à la hauteur des enjeux soulevés…

…c’est le lieu commun ultime mais affiche_franquin_amnestyquand même, ce Franquin, quel géant !

Publié dans trouvailles | Laisser un commentaire